un manque d'aisance dans l'environnement moral et ma
Adolescent déjà, j'étais un révolté, mais autant assoiffé de justice que de connaissances: sensible et vulnérable mais plein de volonté, de conviction et de courage.
La première concrétisation de mon rêve fut ma rencontre avec le peintre Van Den Plas qui fut un peu comme un précepteur dans mon orientation artistique. Par lui, j'ai appris à connaître, apprécier, aimer, dépouiller; j'ai pu m'initier à la pratique de l'art: celui de la sculpture en particulier.
L'incertitude de mes gestes, leur imprécision assombrissaient ma conscience et, facilement découragé, j'étais frustré du plaisir de la création. Mais 15 ans de travail assidu m'ont peu à peu aguerri et aujourd'hui, avec un petit orgueil au coeur, j'ai envie de parler aussi avec des mots pour compléter ce que je veux dire par mon art.
Pourtant, avant de commencer l'analyse de tenter d'expliquer mes motivations et ce que je veux dire à travers ma sculpture - rassurez-vous, ce n'est pas un message ! - il me semble nécessaire pour une meilleure compréhension du reste, de tenter l'explication de ma vision du monde qui me semble être à l'origine de ma volonté d'agir, de créer dans ce monde-là:
j'ai choisi l'art et plus précisément la sculpture, tout comme d'autres ont choisi d'agir à l'aide des supports passionnels qui ont semblé leur convenir.
Voici donc ces quelques "pas" dans la philosophie que je vous propose, "pas" que je vous propose de faire avec moi. Ce ne sera pas le discours universitaire: je n'y suis pas préparé. Ce seront quelques propos simples d'un de ces autodidactes si décriés, épouvantes d'une société bien structurée, normalisée sur des bases immuables.
Les êtres et les choses me sembl
ent soumis à des tensions internes plus ou moins fortes. Si ces tensions ne dépassent pas la chape de béton de l'éducation, de la formation, c'est le calme.Mais ce calme dans le silence précède infailliblement la tempête et le fracas lorsque le seuil de tolérance est dépassé et l'équilibre de ces êtres et de ces choses est ébranlé puis rompu. Le monde est ainsi soumis à la bougeotte et à la bousculade: il titube et bascule. Ainsi se créent l'incompréhension, l'incommunicabilité, l'inattention à l'autre, la rogne et la grogne, voire la haine.
La technocratie qui régit nos nations, intransigeante, rabaiss
e la dignité de l'homme qui, dès lors, voit (ou ne voit pas) ses sentiments se décomposer, se désagréger. Elle est un des facteurs qui sont à l'origine du tohu-bohu dont j'ai parlé plus haut. Elle est une partie de la culture de ce bouillon, sinon ce bouillon lui-même, qui dégrade la machine dans sa partie sociale et humaniste universelle. Ainsi l'homme se trouve poussé, bon gré - mal gré, dans une course folle à la production et à la surconsommation, rapportant les valeurs humaines sur les valeurs matérielles, transposant l'amour des êtres sur l'amour des objets. Voilà un système inepte qui nous conduit, à l'heure où j'écris, à cette crise dont on parle tant !Il s'ensuit que l'influence de cet état de choses a fait que la création artistique - pour moi - est la suite d'un voyage perpétuel entre la réalité et l'imaginaire. L' idéalisation d'une réalité à moi. Un sujet emprunté à la réalité commune me semble avoir peu de valeur s'il manque à sa réalisation un esprit critique et créateur qui, malgré les acquis, prend forcément sa source dans l'imagination.
Et là intervient l'abstraction qui libère mon oeuvre du jeu hasardeux. Je me libère des cauchemars par leur transposition dans un univers irréel qui englobe et subjugue les éléments réels.
Dans un monde disloqué, aux surfaces éclatées, où de rapports, il reste peu de choses, seule la véritable valeur de ma création, ma réalité donc, reste enfouie dans la profondeur de mon rêve.
À travers cette sculpture qui est la mienne, je propose un élargissement de la notion d'espace dans laquelle l'expansion de la forme recherchée prend toute sa place tout en dépassant les limites de la forme figurative. Bien que travaillant dans un esprit de totale liberté créatrice, je n'en oublie pas pour autant le respect nécessaire de l'équilibre et de l'harmonie générale de chaque pièce.
C'est de ma pensée que surgit la petite étincelle origine de la vie de mon ouvrage. C'est d'elle aussi que prend naissance le mouvement qui, par ses subtiles ondulations et ses délicats passages de la lumière à l'ombre, guide le dégagement, à partir de la matière brute initiale, du volume recherché dans sa plénitude.
La lumière joue un rôle essentiel dans la conception puis dans la mise en forme et l'équilibre des masses de chacune de mes sculptures. C'est dans une participation plus directe avec la nature que je transcris les volutes d'une racine ou l'allongement d'une branche en un accord de synthèse entre volumes massifs et volumes aériens, élancés.
L'insidieuse fluidité d'autres phénomènes ne lasse pas de m'inspirer non plus. Ainsi , des eaux tourbillonnantes a surgi " L'ECLOSION D'UNE GOUTTE D'EAU " et d'un feu "LA FLAMME DE LA VIE "
Certaines de mes oeuvres qui ont trait à la nature humaine et qui veulent laisser apparaître les sentiments, comme " L'AMOUR TOURMENTÉ " laissent voir, dans une exécution plus tourmentée, mon caractère soucieux et pessimiste.
Mes créations dénotent mon amour profond de ce monde en déconfiture que je voudrais emmener avec moi dans mon imaginaire. C'est non seulement envers la nature entière que je ressens cet amour, mais aussi envers le simple morceau de bois ou de pierre que je m'apprête à travailler.
Car, bien que je sois tenté parfois par d'autres matériaux, c'est la pierre ou le bois qui suscitent en moi le plus de méditations quant à l'empreinte à donner aux formes brutes, méditations pleines de gravité mais ne faisant jamais obstacle à l'élan émotionnel originel éprouvé devant les formes naturelles qui en rappellent les forces.
Mes préférences vont aux matériaux où l'on trouve le plus de plasticité et de densité, chose parfois difficile à trouver dans un même objet.
Mon esprit perfectionniste et ma nature active m'ont amené à utiliser d'autres matériaux pour mes sculptures qui se trouvent ainsi constituées de plusieurs éléments, parfois amovibles.
Même si quelques unes de mes réalisations ont momentanément p
Aujourd'hui, l'horizon semble s'éclaircir dans la vision de mes oeuvres à réaliser. Moins d'angoisse, moins d'incertitude: je sais ce que je veux et comment l'obtenir.
Quand je travaille, je suis à ma tâche, uniquement à ma tâche, champ de conscience réduit à l'oeuvre située elle-même dans le temps et l'espace choisis. Oubliés les soucis et les peines et même les autres plaisirs ! Écartées les contingences terrestres. Je ne vois plus l'univers s'embarrasser de réseaux et de grilles, je ne crains plus les pièges, les armes de cette planète habitée d'êtres voués aux passions, à la violence et aux larmes.
Darius



