Opération " CIRE ROUGE "

Voici un article des archives de: "Le Matin.ch" qui m'a beaucoup fait rire,

alors que j'étais à la recherche de cire de Babybel pour mon ami et sculpteur DARIUS.
Alors, si vous pouvez, merci d'avance pour lui.

pour lui envoyer la cire, voire aussi l'apporter:

Bernard Lafon (DARIUS)
1 rue de l'armagnac 31830 Plaisance du Touch

Amicalement à tous
Monique


Vous n'aimez pas le Babybel, Moi si !

Un petit creux dans l'après-midi ou en rentrant de la rédaction du « Matin », et, hop, je m'envoie un de ces minifromages caoutchouteux, emballé dans sa superbe coque rouge. Ma foi, chacun ses goûts, chacun ses manies, chacun ses vices ...Pendant des siècles, l'idée ne m'aurait même pas effleuré qu'on puisse faire autre chose de cette coque rouge que de la jeter après en avoir englouti le contenu, mais je n'étais qu'un misérable ignorant. C'est un article de Construire, en juillet 2000, qui m'a ouvert les yeux. « Attention, disait-il, un sculpteur vaudois fait grand usage de la cire qui enrobe les Babybel. Il la considère comme le matériau idéal pour créer ses oeuvres. Vous consommez de ces petits fromages ? N'hésitez pas à lui envoyer les coques vides. »Pendant un an, deux ans, trois ans, miam, scruntch, j'ai dévoré des Babybel. Et j'ai précieusement gardé les coques. Combien y en avait-il ? 800 grammes ? 1 kilo ? Peu importe. Un sacré paquet. Un beau jour, j'ai mis le tout dans un sachet et je l'ai envoyé à l'artiste. Il a répondu par une jolie lettre. Quand je l'ai lue, je me suis dit qu'il était temps. Il fallait absolument aller le trouver. Par cartons entiers, Bernard Bavaud habite Corseaux, au-dessus de Vevey. Il a 57 ans, un beau visage aux yeux pétillants, cerné par un collier de barbe poivre et sel. A le croiser dans la rue, on ne s'en douterait pas, mais la vérité artistico-fromagère est là: depuis l'article paru dans Construire, il est le plus gros propriétaire suisse de coques de Babybel. Il en possède, au bas mot, 100 kilos dans sa cave. Depuis juillet 2000, ça n'a pas arrêté. La cire de Babybel arrive par cartons entiers, de toute la Suisse romande.« J'ai fait le compte, dit l'artiste: il y a nonante personnes qui m'en envoient plus ou moins régulièrement. Même des classes d'école s'y sont mises. En plus de la cire, elles m'ont envoyé leurs travaux: le prof les avait fait plancher sur la question de la récupération et du gaspillage.» Ça tombe bien, car lutter contre le gaspillage, c'est l'une des motivations de Bernard Bavaud. « Chaque jour, soupire t-il, on fiche loin des tonnes d'emballages et de boîtes de conserve qui pourraient être recyclées en aluminium. Ça me désespère.» Modestement, l'opération « cire rouge » montre donc qu'on peut faire mieux, beaucoup mieux. Par exemple transformer ces coques de cire prétendument sans valeur en statuettes de bronze célébrant le corps de la femme. Méthode à suivre ? L'artiste modèle la cire de façon à en tirer une oeuvre. Celle-ci est enrobée d'une gangue de terre réfractaire qui est glissée dans un four. Lors de la cuisson, la cire fond, donnant naissance à une cavité dans laquelle il suffira de couler du bronze, avant de briser le moule, pour obtenir l' oeuvre définitive.
DARIUS mange pas mal du Babybel pour arriver à couvrir ses besoins de cire !
Ces statuettes de bronze, qui mesurent dans les 10 centimètres, Bernard Bavaud ne les tire jamais qu'à un seul exemplaire et les vend quand l'occasion se présente. Mais ce qui l'enchante par-dessus tout, c'est les vertus de la cire Babybel, dont il a découvert les propriétés il y a déjà une trentaine d'années. « Elle est magnifique, elle se laisse pétrir comme de la pâte à modeler. La moindre pression, et vous y laissez même vos empreintes digitales !»Comme une grande famille ...A se demander comment il faisait avant d'être approvisionné par les bonnes âmes de Suisse romande. « Eh bien, je les achetais et je boulottais le contenu moi-même. Jusqu'au jour où je suis allé à la Migros de Vevey demander s'il serait possible d'installer une caissette surmontée d'un écriteau invitant les clients à rapporter leurs coques vides. Le gérant a eu la bonne idée de me diriger plutôt vers le journal de la Migros. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'article paru a inspiré un fantastique élan de gentillesse et de générosité auprès des Romands.» Trois ans et un quintal de cire plus tard, Bernard Bavaud, qui n'en utilise guère que quelques kilos par an, reconnaît qu'il a maintenant en stock de quoi tenir le coup pour des années, voire jusqu'à la fin de sa carrière. « Mais n'allez pas décourager les gens de m'en envoyer », lance-t-il. D'abord, on ne sait jamais: s'il lui venait l'idée de créer une oeuvre monumentale, requérant des cartons entiers de petits fromages ... « Et puis, ajoute-t-il, ces envois créent des liens. On s'écrit, on se donne des nouvelles, des gens me disent même qu'ils se sont mis, chez eux, à la sculpture sur Babybel.» Sa lettre commence toujours par « Chers amis baby-bélliens »! Désormais donc, moi aussi, je fais partie du cercle. Quelle fierté ! L'autre jour, dans l'atelier de Bernard Bavaud, oserai-je confesser que j'ai détaillé ces statuettes de nus avec un léger sentiment de paternité ? Ce sein si bien galbé, cette hanche ronde, cette chute de reins, mais oui, c'est sûr, il y avait un peu de moi là-dedans ! J'y ai reconnu l'un de mes Babybel ! Vous savez ce que c'est: chacun ses manies, chacun ses certitudes, chacun ses fantasmes ...Des pièces de 1 franc au buste de Miles, Davis Bernard Bavaud ne se limite pas à modeler de la cire de Babybel pour en tirer des statuettes de bronze. Graphiste de formation, il a travaillé comme dessinateur en publicité à Genève, avant de se voir confier par la Confédération, en 1980, le mandat de refaire toutes les matrices de nos pièces de monnaie de 50 ct ., de 1 et de 2 francs. Aujourd'hui professeur de dessin, de lettres et de calligraphie à l'Ecole des arts appliqués de Vevey, il exerce par ailleurs ses talents d'illustrateur dans des compositions qui sont autant d'hommages au corps féminin. Côté sculpture, il est en outre l'auteur de nombreux bustes de personnalités, confectionnés non pas à l'aide de cire, mais d'argile. C'est à lui qu'on doit, notamment, le superbe bronze de Miles Davis qui orne les quais de Montreux depuis 1997.
La Cire rouge évite, au démoulage, à la sculpture de coller à son support de moulage